
Patrice Jean a peut-être écrit le meilleur livre de l’année.Pas le plus beau, ni le plus intrigant, encore moins celui qui déborde d’espoir et de joie. Non, l’auteur a radiographié, comme avec un scanner, les entrailles de notre monde aseptisé, poli, désinfecté. « La Vie des Spectres » nous plonge dans cet univers, mais pas à la surface : il nous entraîne dans ses abysses, ses gouffres.
Jean est journaliste dans la presse régionale. Son métier consiste à rencontrer des personnalités marquantes de la vie locale pour en dresser le portrait. Cependant, lorsque l’un de ses articles déclenche une polémique sociétale, sa femme et son fils se retournent violemment contre lui. Ils l’accusent d’être dépassé, infréquentable, voire irrécupérable. Confronté à ce rejet, Jean quitte le domicile familial et s’installe dans un pavillon abandonné. C’est dans ce lieu isolé qu’il entame un dialogue inattendu avec des spectres, comme si ces derniers incarnaient les voix oubliées ou étouffées de la société. Leur conflit reflète les multiples questions qui déchirent notre société d’une manière presque manichéenne : néoféminisme, violence, éducation, sexe, « racisme », littérature. Patrice , sans langue de bois, avec un cynisme à la Brecht ou à la Hilsenrath, pulvérise les mythes, les tabous, et ne laisse aucune place à la mièvrerie nauséabonde. Pour Patrice , le monde a perdu sa force, son élan, sa créativité, son imagination. Les automates, les algorithmes et les morts-vivants règnent en maîtres sur nos vies, nous volant jour après jour notre raison, nos rêves, nos croyances, nos convictions.
Le héros, écœuré par l’hypocrisie de notre époque, cherche la paix parmi les spectres. C’est ainsi qu’il quitte notre monde pour dialoguer avec les fantômes.
Patrice Jean est la surprise de cette saison littéraire. Ce livre ne plaira pas à tout le monde, mais son honnêteté, son esprit et la finesse de sa plume ne laisseront personne indifférent. Que vous soyez « woke », mainstream, « in » ou « cool », essayez de vous glisser dans le monde des spectres de PJ. Vous n’y trouverez ni réconfort, ni compréhension, ni cette fameuse norme sociale moderne : « adapte-toi », « tolère », « sois bienveillant » et « de bonne volonté ». Non, vous y découvrirez la réalité crue de nos vies monotones et vides. PJ, avec un humour ravageur, met en lumière notre hypocrisie, notre duplicité, notre misère humaine.
Évidemment, ce roman pourrait susciter colère et mécontentement chez certains lecteurs. Il faut être prêt pour cette lecture : elle ne vous caressera pas dans le sens du poil. Au contraire, elle vous forcera à réfléchir, à accepter l’horreur de notre quotidien vide et l’absurdité sans fin de notre prétendue « civilisation occidentale ».
Vous trouverez ce livre sur les étagères de la librairie Chien Sur La Lune.










