Catégorie : Conseil

  • Un répit avant l’enfer

    Promener près du cimetière militaire, flâner devant le mémorial de notre région, cela arrive souvent. Croiser les traces de la « Grande Guerre » est une chose coutumière dans la région de la Somme. Tout cela fait presque partie du folklore local, au même titre que les cathédrales, les églises de campagne ou les frites. Tout est devenu banal, quotidien. Même les célébrations, les commémorations sont devenues des rituels locaux, répétitifs, de vaines liturgies sans profondeur ni message. Hormis ces rengaines éculées – nous n’oublierons jamais leur sacrifice, ils vivent dans la gloire éternelle, patrie éternellement reconnaissante, armée, société – quel lieu et quel moment idéaux pour que politiciens, bureaucrates et généraux se présentent au public comme des hommes pleins de sentiment et de fierté. Puis viennent les banquets, les décorations et les interminables discours emphatiques.

    Mais sous la fertile terre picarde, jusqu’aux Dardanelles en passant par les Balkans ensanglantés, de la Flandre belge aux steppes russes, toute une génération de jeunes gens – corps brisés, os fracassés, membres arrachés, yeux crevés – gît dans les champs, les prairies, les forêts, les mers, les rives des fleuves, dans les cavernes souterraines, tel un cimetière infini et sans borne, plein de jeunesse, à qui il n’aura fallu qu’une trentaine d’années de trêve pour digérer ces jeunes corps avant d’accueillir un amas encore plus gigantesque de matière humaine.

    Voilà pourquoi seul un livre – par la structure complexe de la création et de la recherche historique – peut expliquer, peut insuffler la vie à cette époque sanglante. Ramener pour quelques jours ces jeunes gens dans notre confortable vie moderne. Seul un livre (rarement un film) permet, tant bien que mal, d’avoir une vue « au premier rang » sur les tranchées, les nids de mitrailleuses, les monceaux de cadavres de camarades, en terrain découvert, empêtrés dans les barbelés, ces hurlements appelant leur mère dans l’étreinte de la mort. Tout cela peut, jusqu’à un certain point, être vécu et compris à travers la littérature. Il est très difficile et ingrat d’écrire sur ce sujet, et plus encore dans la littérature fantastique. Catherine Arden, romancière américaine, a pleinement réussi cet exploit. Écrire un roman fantastique sombre, monstrueusement terrifiant, profondément lyrique et humain – tout cela, cette jeune romancière américaine l’a accompli.

    Laura Iven, infirmière grièvement blessée, retourne dans son Canada natal. Son jeune frère Freddie est soldat en Flandre. En 1918, Laura reçoit un message annonçant que son frère est « porté disparu ». Laura refuse de croire à la mort de son frère et retourne dans une Europe dévastée par la guerre pour retrouver son frère, mort ou vif. Freddie est prisonnier sous les décombres, dans les ténèbres absolues. À côté de lui gît un soldat allemand blessé. Ensemble, ils trouvent une issue hors des ruines et errent tels des fantômes parmi les décombres et les paysages apocalyptiques de la Flandre. Ils seront reçus par un étrange violoniste boiteux. Son hospitalité est-elle une bénédiction ou une malédiction ? Ces deux jeunes gens devront le découvrir à leurs dépens.

    Chapitre après chapitre, nous suivons la trajectoire de ces jeunes gens dans un monde qui a connu son apocalypse. Car la Première Guerre mondiale fut cela : l’apocalypse, la fin du monde. La destruction totale, non de l’humanité, mais de l’homme et de l’humain. L’arrivée de l’enfer dans notre monde physique, qui depuis lors n’a fait que de courtes pauses avant de raviver plus férocement ses chaudières.

    Arden écrit avec un talent insoupçonné sur cette période terrifiante. Le roman est un récit d’horreur, mais du vrai. La métaphysique, le fantastique dans ce roman sont davantage un rêve, une échappatoire face à la tangibilité, à la réalité de l’enfer sur terre. Avec beaucoup d’amour et une sensibilité féminine, elle tente de sauver ses héros, de leur offrir une vie possible loin de l’enfer. Mais est-ce possible ? Existe-t-il un monde et une humanité après l’apocalypse ?

    Ce roman a été édité dans la collection Folio Fantasy, mais il n’en relève pas vraiment. Car le fantastique dans ce roman est un épiphénomène. Le roman lui-même est un livre profondément antiguerre, un livre sur l’amitié, l’amour, le sacrifice et la vengeance. Sur tout ce qui est humain. La guerre est un personnage à part entière, la destruction et le chaos y sont épiques, et l’étrange élément fantastique profondément nécessaire, car sans lui les guerriers n’auraient pas une seconde de répit. Cet aspect fantastique, nous pouvons l’appeler folie, rêve, cauchemar, illusion, démon ou répit.

    En tout cas, si vous souhaitez revenir à ces jours fatidiques qui, encore aujourd’hui, tissent nos destinées et qui ne sont pas si éloignés de nous qu’il n’y paraît ; si vous voulez sentir les mains chaudes des fantômes (titre original de l’ouvrage) – car les autres, les  mains des soldats  sont glacées par la gadoue flamande, par le gel et par la mort –, jetez-vous sur le roman de Katherine Arden, Requiem pour les fantômes. Je vous garantis que vous y trouverez la chaleur du contact humain.

    Katherine Arden – Requiem pour les fantômes

    Folio Fantasy

    Traduit de l’anglais (États-Unis) par Jacques Collin

  • « Le Cercle de Thor »  Manfred Kahn

    « Le Cercle de Thor » Manfred Kahn

    Que reste-t-il de notre réalité sinon le vide, le non-être, l’absence ? Il n’est même plus possible de respirer profondément. L’air gris-rouge qui nous enveloppe, saturé de microparticules et de gaz toxiques, refuse d’emplir les poumons. Il stagne, il pèse, il tue à petit feu. Grisaille des villes. Grisaille des âmes. Le Système annonce qu’il est « prêt pour la réinitialisation ». Mais le bug, lui, persiste. Ce ver — corruption, panne, dysfonctionnalité — ralentit l’O.S. mondial, le fige à chaque tentative de reset. Les utilisateurs deviennent fous. Plus nous réinitialisons, plus nous sommes nerveux, égarés, perdus. Le temps s’écoule, mais nous le gaspillons dans des « mises à jour » insignifiantes, interminables, terriblement complexes et pourtant totalement inutiles. Chaque mise à jour annonce la suivante. Le reset n’en finit jamais.

    Tout est peur, tout est angoisse. Maladie, crise, guerre, criminalité, terrorisme, climat : pas un seul répit, pas un seul instant où il ne faudrait pas avoir peur. Pas un jour sans notifications anxiogènes, sans recommandations alarmistes en provenance des think tanks, des cabinets de conseil, des agences gouvernementales. La vie, désormais, n’est plus qu’un manuel de la peur et du stress. Nous sommes devenus des êtres branchés à une perfusion d’angoisse, et nous buvons jusqu’à la lie.

    C’est dans ce terreau d’angoisse que prend racine « Le Cercle de Thor » de Manfred Kahn. Loin d’être un simple divertissement, ce thriller exceptionnel se présente comme un regard concentré, une plongée en apnée dans la profondeur du vide, au cœur même du nihilisme contemporain. L’auteur y décrit, sans compromis et sans fard, le ventre de la bête. En ouvrant ce roman, le lecteur tombe immédiatement dans un tourbillon où se mêlent le travail des services de renseignement — la DGSE nationale en première ligne —, les complots qui s’entrelacent comme des serpents, les trahisons qui déchirent les allégeances, et ces guerres « froides » qui, à tout moment, peuvent devenir plus brûlantes que le soleil.

    Le terrorisme et la lutte antiterroriste n’en sont que la surface, la partie visible de l’iceberg. Sous la surface grouillent des bêtes bien plus sombres : secrets d’État, conspirations tentaculaires, manipulations qui dépassent l’imagination des simples « complotistes en chapeau de papier alu ». Au centre de cette toile, Jeanne Doe, directrice d’une cellule de la DGSE, dont le métier est d’infiltrer les organisations islamistes. Elle le fait avec une efficacité redoutable, telle une lame froide dans l’ombre. Mais une ancienne connaissance, avec qui elle a œuvré au Moyen-Orient, va la replonger dans un passé qu’elle croyait enfoui. Ensemble, ils se retrouvent pris dans un ouragan de conspirations aux proportions incroyables, vertigineuses, presque mythologiques.

    Au-delà de l’intrigue d’espionnage pourtant haletante, ce qui frappe d’emblée dans ce roman, c’est son atmosphère. Une atmosphère presque apocalyptique, celle d’un monde gris qui se dévore lui-même. Les territoires de la « République » totalement oubliés par l’État de droit, par la santé, par l’éducation. Mais pas oubliés par les dieux, ni par leurs serviteurs. Et les serviteurs sont légion, de toutes obédiences : servants de Thor qui manient les éclairs et frappent sans prévenir, servants des divinités grecques qui tentent de naviguer comme Ulysse à travers un monde infesté de monstres, fidèles d’Allah, de Yahvé, et de tant d’autres…

    Le jeu est immense, les enjeux extrêmement élevés, et les perdants sont toujours les mêmes : les petites gens, les invisibles, les oubliés.

    L’écriture de Khan est à l’image de son univers : dynamique, puissante, oppressante. Dès les premières pages, elle vous aspire l’air autour de vous, vous tient en haleine, vous étreint et ne vous lâche plus. Du début à la fin, le lecteur est maintenu sous pression. L’atmosphère est exceptionnelle dans sa noirceur, profondément sans issue et sans solution. Le roman se déploie dans un décor de fin du monde où se côtoient le béton, les ruines, les entrepôts abandonnés et les hangars métalliques rouillés, peuplés de putes, de dealers, de prédicateurs charismatiques, de femmes puissantes et de mirages.

    « Le Cercle de Thor » est donc un thriller intelligent et rapide, d’une noirceur extrême, d’une complexité insoupçonnée et d’une force rare. Une lecture qui ne se contente pas de divertir : elle marque, elle brûle, elle hante. Mais attention : si vous voulez entrer dans le Cercle de Thor, prenez garde à ne pas y rester prisonnier.

    Manfred Kahn – Le Cercle de Thor

    La manufacture de livres – 21 € 10

  • PLEIN GAZ VERS LA RÉDEMPTION

    PLEIN GAZ VERS LA RÉDEMPTION

    Pied au plancher, l’auto glisse sur l’asphalte brûlant. L’homme et la machine, dépendants l’un de l’autre. La voiture est le prolongement de notre corps – elle va là où on la mène. Elle accélère, ralentit, tantôt nous comprime le temps, tantôt nous le dilate. Tant que nous ne faisons qu’un avec elle, le paysage défile, projecteur fou, et le monde nous apparaît comme une étrange projection, un cinéma de bitume et de lumière.

    La longue route nous engourdit. La fusion avec le moteur nous plonge parfois dans une transe étrange, un état second où le ronronnement des cylindres devient la seule musique du monde. Jusqu’à ce qu’on quitte la chaussée, qu’on se gare sur un terre-plein, devant un bistrot, un hôtel, un motel aux néons fatigués. Jusqu’à ce qu’on dévale la nationale pour s’enfoncer dans une petite route départementale, une de ces voies secondaires qui sentent la poussière et l’herbe sèche.

    Parfois, ces sorties de route sont magiques : montagneuses, grandioses, on y jette un œil émerveillé parce que le trafic y est rare, presque intime. Le plaisir est pur. Mais souvent, elles sont mornes, tristes, franchement inquiétantes. Stations-service abandonnées aux vitres brisées, restaurants minables aux odeurs de friture rance, troquets où les vieux du coin vous dévisagent en se demandant par quel miracle vous avez bien pu échouer dans leur trou perdu. Où diable avez-vous tourné en travers ?

    Mehdi. Ancien pilote de rallye, les mains encore habitées par le souvenir du volant, le pied qui frémit sur la pédale. Chauffeur de taxi. Il prend la route vers Nice. Paris, la grande ville, la vie dure du petit malfrat qui a traversé la taule comme on traverse un mauvais rêve, les mauvaises fréquentations, tout ça est derrière lui. Mehdi rêve de paix. Il rêve du bleu de la mer, de cette côte lointaine d’où son père est venu, un jour. Il aime la route. Il aime sa petite Alpine antique – une bête de guerre déguisée en jouet, un moteur qui rugit dans un corps d’un autre âge.

    Sur la route, il croise Audrey. Une femme que la vie a dotée d’une beauté hors du commun – et d’une existence d’une noirceur exceptionnelle. Audrey est entre les griffes d’un mari violent, manipulateur, , juste un salaud de plus dans une longue série de salauds. Audrey et Mehdi vont « sortir de la route ». Devenir deux âmes perdues sur les chemins poussiéreux de la France oubliée. Celle des routes nationales et départementales qui furent glorieuses et qui ne sont plus que des artères grises, loin des autoroutes flamboyantes, ces veines trop chères de la France pressé.

    Tous les deux, dans ce roman noir, cherchent à retrouver le bon  chemin : une route paisible, la jouissance fluide de la conduite, l’ivresse du bitume sans fin. Mais est-ce seulement possible, quand on a perdu le nord une bonne fois ? Est-ce qu’on ne fait pas que s’enfoncer davantage, dans les méandres sans fin des mauvais choix, des routiers aux néons blafards, des clubs de nuit où rôdent des ombres patibulaires, des types au regard louche et aux poches pleines de mauvais argent – tout ça bien plus menaçant que le long ruban rectiligne de l’autoroute de la vie ?

    Dominique Delahaye nous jette hors du flux. Elle nous force à lâcher le volant, à abandonner la ligne droite pour nous noyer dans ce roman noir. Les vitesses changent en un éclair. La fuite est la seule issue. Ceux qui vous talonnent sont là, toujours à quelques kilomètres derrière – à la pompe, au café de la route, mais aussi dans votre tête. Ils vous hantent, vous poussent dans les bas-côtés, vous forcent à prendre la mauvaise sortie.

    Existe-t-il une fin au bout de la route ? Une arrivée ? Un point d’arrivée qui ne soit pas un cul-de-sac ?

    À vous de le découvrir dans cet excellent roman noir, social, aussi sec qu’une gorgée de whisky dans un bar désert. Comme à son habitude, La Manufacture des livres nous régale d’un bon polar qui fait chanter les vieilles nationales, les estaminets poussiéreux, les motels aux draps douteux et le grondement des gros cylindres. Avec ses petits malfrats au grand cœur qui sentent la sueur et l’essence, et ses forces obscures du banditisme qui engloutissent les innocents. Un livre que tout amoureux de la route, des départementales, des vieilles routières, des bastringues et du vrombissement des moteurs doit avoir dans sa collection.

    Quoi d’autre ? Glissez Roadhouse Blues des Doors dans le lecteur, ou Roads de Portishead, et Highway to Hell d’AC/DC. Plein gaz vers le sud, en compagnie de ce livre exceptionnel.

    Disponible à la librairie Le Chien Sur La Lune

    « Quitter La Route » – Dominique Delahaye

    La Manufacture des Livres – 14,90 €

  • Rakija(l’eau de vie ) de Schrödinger

    Rakija(l’eau de vie ) de Schrödinger

    Il fut un temps où ma petite ville, blottie sur les coteaux de la rivière L., était une oasis. Enfant, j’en connaissais chaque recoin, chaque venelle, chaque nid-de-poule sur l’asphalte, chaque plaque d’égout mal posée. Je connaissais chaque parfum – celui des cerises dans la cour de la famille S., où nous aimions voler les fruits, juchés sur les branches immenses, emplissant nos petits ventres de ce jus infiniment beau, cette chair de cerise rouge comme le sang. Je savais l’odeur du pot d’échappement d’un Kamaz, la charogne d’un oiseau ou d’un chien errant écrasé par un chauffeur ivre, mais aussi le parfum des mimosas, des lilas, de la première neige, des pluies printanières, du chlore à la piscine municipale et des crèmes solaires bon marché.

    Je me souviens des enfants bien habillés, des parents sur le korzo – cette rue piétonne de ma petite ville. Je me souviens de mes institutrices, de mes professeurs, de la « noblesse » locale du socialisme – non pas celle des privilèges ou de la domination, mais celle du respect et de l’admiration. Car l’essentiel, dans la vie des Balkans socialistes, c’étaient la communauté et l’éducation, la santé ; pour le reste, on se « débrouillait ». Je me souviens des célébrations du 25 mai, la Journée de la Jeunesse, le plaisir d’être pris dans la cohue, la fête – quelques terrasses, trois ou quatre tavernes locales, pleines de gens élégants buvant de la bière, du gemišt, des liqueurs pour les dames, et nous, les enfants, des jus de fruits épais.

    Tout ce monde s’est tassé dans des tiroirs, de vieilles photos usées qui ressemblent à ces filtres « nostalgie » d’Instagram. Beaucoup ont émigré vers la terre noire, l’humus, et là, depuis une décennie ou plus, ils vivent dans l’ombre – seul le passé est lumineux, pour ceux qui se souviennent encore. Certains de mes proches ont survécu à l’obscurité des années 90, à la liberté, à la démocratie, au marché, à la fin de l’Histoire (qui était en réalité celle de Fukuyama). Parfois, je les croise dans les rues de ma petite ville, qui n’est plus la mienne. Aujourd’hui, c’est une horreur néo-capitaliste, une bâtardise de verre et de constructions semi-légales, des rues envahies de boutiques, de cafés, de supermarchés occidentaux – Lidl et autres signes du « progrès » et de « l’amélioration ». Ils errent comme des fantômes, d’un gris maladif, oubliés, relégués dans la couche misérable d’une société où seuls l’argent et la vanité ont un sens. Beaucoup sont dépressifs, vivent au jour le jour, et trop souvent se noient dans l’alcool. Les écoles sont délabrées, surchargées…

    Certains de mes amis sont devenus instituteurs, professeurs… Ils éprouvent le même sentiment d’absurdité dans un pays qui fond comme un sucre, qui ronge ses fondations, ses racines, son identité. Souvent, ils rêvent de tout quitter et d’aller vivre quelque part avec des moutons et des chèvres, au milieu d’un village serbe à demi abandonné dans les montagnes. Là, seule une vieille ou un vieux est assis sur un banc, sous une vigne ou un poirier défraîchi, les yeux voilés de souvenirs, regardant la rue vide du village.

    Emine Sadk nous emmène dans la Bulgarie voisine, mes anciens voisins slaves, qui parlent une langue si proche et si semblable – et qui, comme la Serbie et le reste des pays yougoslaves, sont une société multiethnique. Avec un passé complexe et stratifié. Avec des questions d’identité et de sens, comme tous les autres voisins balkaniques.

    Todorov, professeur mélancolique, à qui l’esprit lâche après une nuit éthylique. Il se jette sur la route – non pas quelque chose de radical, genre Katmandou ou Atacama – mais les montagnes, à quelques dizaines de kilomètres à la ronde. Et là-bas, il existe encore tout un monde parallèle, qui vit dans un étrange alliage de magie et de modernité. De drogues synthétiques dures, de gnôle locale, de gitans gangsters, de paysans raffinés, de Kafka lui-même, d’amour, de passion, mais aussi de mort. Car que seraient les Balkans sans noces ni enterrement – ou l’inverse, sans enterrement ni noces ?

    émine Sadk, d’un pinceau de maître, peint la « nouvelle » Bulgarie et ses contradictions : la mélancolie, l’extase, le mélange de tradition et d’extravagance d’une vie dans un pays où la vie est un miracle ! Emine dit dans un passage du roman que le brouillard au-dessus de la Bulgarie est comme le brouillard de Schrödinger. Quand il se lèvera, on ne saura pas si les moutons vont apparaître ou tout autre chose, ou rien de tout**,** peut-être néant. Car les pays balkaniques sont toujours à la lisière entre la veille et le rêve, la fantasmagorie et le réel brutal, l’ivresse comateuse et la triste gueule de bois matinale où la vie n’a plus de sens – jusqu’à la prochaine petite rasade de rakija.

    Que dire de plus, sinon que ce roman est comme une bonne baklava balkanique : sucrée, légèrement acidulée au citron confit, aux noix et au bon miel de montagne. Si, en plus, on a un verre de boza, un doux rythme oriental et la voix éthérée d’une belle gitane qui nous chante à l’oreille – que nous faut-il de plus dans la vie ?

    Premier roman d’Eminé Sadk publié par la maison d’exception Agullo (le livre est en lui-même un petit objet d’art, digne d’admiration – bravo pour la maquette), Caravane pour Corbeaux – Marie Vrinat a magnifiquement traduit ce roman bigarré, plein de vie, sans en perdre l’esprit balkanique. Et vous, chers amis de la librairie Chien sur la Lune, vous aurez l’occasion de vous évader en Ludogorie dès la semaine prochaine, en plongeant dans le monde d’Eminé Sadk.

    Caravane pour Corbeaux » Eminé Sadk »

    Agullo – 20,90 €

    Traduit du bulgare par Marie Vrinat

  • Les Vagues apaisées avec Xavier Becquet

    Les Vagues apaisées avec Xavier Becquet

    Pour la quatrième fois, nous avons le plaisir d’accueillir dans notre petite librairie l’un de nos auteurs locaux les plus adorés et les plus populaires : Monsieur Xavier Becquet. Cette fois-ci, il vient nous présenter la suite de sa saga. Après Falaises et La Force du Gallet, l’histoire se poursuit avec Les Vagues Apaisées, troisième tome de cette grande fresque de notre région.
    Venez le 10 avril 2026 à 18h découvrir la suite tant attendue !
    Le tout se déroule dans la meilleure librairie de Picardie et d’ailleurs, Chien Sur La Lune. Entrée gratuite, mais réservation obligatoire.

    📧 chiensurlalune@free.fr
    📞 09-55-21-38-37

    Alors, venez voguer sur les vagues apaisées avec Xavier… on vous attend, les pieds sur terre et la tête dans les nuages ! 🌊📚

  • Królik ! (ou : Le Lapin qui valait bien un trip)

    Królik ! (ou : Le Lapin qui valait bien un trip)

    Il existe de ces livres qui, une fois lus, vous laissent pantois, paumé. Ils vous laissent à ruminer pendant des jours : « Bordel, qu’est-ce qui vient de se passer ? Je me suis fait renverser par un train ou j’ai juste pioncé la moitié du bouquin ? Est-ce que cette expérience m’a plu ou m’a-t-elle profondément dégoûté ? » Le livre de Kinga Wyrzykowska, Princesse, est une expérience, pas un simple moment de lecture. Comme un film de David Lynch ou de Terry Gilliam : un trip psychédélique qui soit vous embarque, soit vous laisse sur le quai. Et moi-même, je ne suis toujours pas certain si ce fut un « bon trip » ou un « mauvais », ce qui, en soi, est bon signe. Car quoi que je pense de ce livre, je veux vous dire que le trip de Kinga mérite d’être tenté – mais attention, ça décoiffe sévère.

    Il vous embarque depuis une usine de charcuterie dans les environs de Châlons-en-Champagne jusqu’au hameau perdu de Lysina, en Pologne rurale. Dans ce voyage, il y a : un Lièvre, un Curé, le fanatisme religieux, du sexe, le célibat, encore le Lièvre, Trump, la Pologne, des cornichons aigres-doux, des Babkas(mamies) du village, des ragots, de l’apathie, de la vodka, un plombier polonais, un·e trans, un mariage traditionnel, le Lièvre… Des bonds invraisemblables, d’une vigueur et d’une dynamique presque léporines. Ce conte psychotico-psychédélico-féministe est comme un oignon rouge que vous épluchez sans jamais atteindre le cœur du bulbe. Une spirale infinie de folie. Le livre nous mène de la folie de notre malheureuse France contemporaine, où tout va de travers – mais, grâce au Lièvre suprême, ce n’est pas mieux dans la Pologne « libre », qui, sur une pente descendante, a atterri dans une théocratie catholique et le vide total de l’existence. Entre l’absence totale d’identité et son enfoncement forcé, le Lièvre bondit – un, deux, trois, une, deux, trois, jeden, dwa, tcheu ! Le petit lièvre saute d’une histoire à l’autre.

    Alors, mes amis, je ne sais pas si vous êtes prêts pour tous ces sauts. Pologne, France, plombier, Lièvre, Dieu et le Pape. Êtes-vous prêts à encaisser tout ça, ou préférez-vous vous détendre tranquillement avec le 180e roman de Freida McFadden ? Quoi qu’il en soit, Kinga Wyrzykowska vous offre quelque chose de différent, de plus tordu, de plus drôle (bien sûr, c’est drôle si vous aimez l’humour tordu au neuvième degré) et – naturellement – aussi terrifiant que le Lièvre.

    Kinga Wyrzykowska : Princesse

    Éditions du Seuil, 22 €

  • « On est si malheureux que ça se voit depuis la Lune. »

    « On est si malheureux que ça se voit depuis la Lune. »

    « Ton absence n’est que ténèbres » de Jón Kalman Stefánsson

    « On est si malheureux que ça se voit depuis la Lune. »

    Une phrase parmi des milliers qui vous colle à la peau.

    Ce roman de Jón Kalman Stefánsson, c’est de la poésie en prose. Plein de mélancolie, de joie, d’amour, de sexe ardent, de fjords, de galaxies, d’alcool, de moutons et de leurs crottes, de vers de terre, de l’arrestation d’Émile Zola, de branlettes dans une chaussette en laine, d’une tristesse infinie, de phrases en suspens, de secrets, de rencontres, de séparations, de cimetière d’église – autrement dit Kierkegaard – de noms comme Peter Pastor, Guðríður, Haraldur et Aldís, Hafrún, Skúli, Sóley, Ási, Mundi, Svana, Kári, Óði, Margrét, Rúna, Eiríkur le guitariste, Páll, Halldór et Skúli… j’en ai sûrement oublié.

    Jón se fout de savoir si le lecteur va tout assembler – non, c’est comme la lave qui vomit du volcan Eyjafjallajökull, elle dégouline lentement sur nous, comble les fissures, se solidifie et devient cette putain de roche islandaise indestructible.Par moments, tout peut être léger, joyeux, et puis hop – l’obscurité recouvre à nouveau l’Islande, le souvenir, l’amour, la passion. Et rebelote, la lumière.

    Dieu et le Diable sont toujours là, quelque part dans l’histoire, à se niquer mutuellement, à jouer avec les destins.

    Le personnage principal retourne dans son « village natal » – mais pas pour passer quelques jours « à la campagne » – non, pour retrouver une mémoire perdue, parce qu’il souffre d’amnésie totale. Ça commence comme ça : « Ton souvenir est lumière, ton absence est ténèbres » – gravé sur une vieille tombe.Très vite, on oublie tout : le pourquoi, le comment, la chronologie, la logique. On plonge dans ce roman comme dans une eau bleu sombre, et on coule, on abandonne toute volonté de remonter à la surface. Pas besoin de comprendre pourquoi on plonge. La surprise, c’est qu’on peut respirer sous l’eau.

    Kalman ne nous noie pas – il nous apprend à respirer dans l’obscurité comme dans la lumière. Comment plonger dans les souvenirs, les époques, les destins. Qu’il n’existe pas une seule histoire, une seule explication – mais une infinité.

    Par moments, j’avais l’impression de ne pas être en Islande, mais dans les Balkans, en pleine foire existentielle. Où toutes sortes de mecs peuvent débarquer comme un cheveu sur la soupe : poivrots, dingues, sages, originaux – et tout ça dans un trou du cul du monde.

    Chers camarades, Stefánsson, ça ne se lit pas – ça se ressent. Ou ça se ressent pas.

    Si vous décidez de partir dans ce fjord intérieur, allez-y sans attentes, sans espoir que les choses soient simples ou compliquées. Renoncez au temps, à l’espace. Essayez juste d’être présents dans l’histoire. Écoutez en vous Dieu, le Diable, les ancêtres, les amours, les passions, la souffrance, la tristesse. Laissez-les s’incruster dans le sol volcanique glacé de l’Islande.

    Et bien sûr – préparez-vous à un tsunami de bonne musique !Parce que Kalman en a rien à foutre des règles.Il vous met un son dans l’oreille – du standard islandais de merde à Bach, en passant par les Pixies, Pink Floyd, Tom Waits, Kanye West, Bowie, les Beatles…Ce roman est une ode à la musique – mais à celle qui nous a marqués au fer rouge. Là où vous vous êtes incrustés dans une chanson, ou la chanson s’est incrustée en vous – et chaque fois que tu l’entends, tout revient :Comme une odeur, un goût, les seins chauds d’une amante, ou les épaules d’un amoureux, l’enterrement d’un être cher, une balade sans fin main dans la main, la première cuite, le mal, le bien.

    Quoi dire de plus ?

    Si vous êtes prêts pour un voyage spirituel aux confins de la vie, de la mort, du rêve, de l’univers, du son –filez lire cet putain de roman incroyable qui est bien plus que ça.Une ode à l’écriture. À la vie.

    Parce que sans traces écrites – on n’a jamais existé.

    Rien que les tenebres.

    Traduit de l’islandais par Éric Boury

    Folio 10 €

    Merci beaucoup aux amis d’Islande, Hulda, Nikola et les enfants, les photos sont excellentes !

    Kærar þakkir til vina frá Íslandi, Huldu, Nikola og krakkanna, myndirnar eru frábærar !

    Veliko hvala prijateljima sa Islanda, Huldi, Nikoli i klincezama, slike su odlične!

  • Les Fantômes de Shearwater : quand le froid devient vivant

    Les Fantômes de Shearwater : quand le froid devient vivant

    Vent, vagues, île déserte au large de l’Antarctique. Nulle part, personne. Un vieux phare. Une base scientifique abandonnée qui conserve des semences. Un père hargneux, seul avec trois enfants. Les jours coulent, pleins de vide et pourtant d’une beauté sans fin : phoques, albatros, manchots, une mer cristal grouillante de créatures bigarrées, l’océan puissant qui grignote l’île jour après jour.

    La monotonie vole en éclats quand la famille solitaire découvre une femme inconnue. Ils la raniment, la soignent, prennent soin d’elle. Mais son arrivée réveille les spectres de l’île, qui sortent de leurs tanières obscures pour hanter les vivants. Un engrenage infernal mène à une incandescence glacée, embrasant l’île et ses rares habitants. Les fantômes éveillés dévoilent des secrets noirs, des histoires inachevées, et précipitent nos héros dans l’abîme d’un monde qui sombre.

    Avec « Les Fantômes de Shearwater », Charlotte McConaghy signe un thriller virtuose, à mi-chemin entre film « The Lighthouse » (lui-même nourri par la nouvelle inachevée de Poe et les légendes de marins), « Shining » de Stephen King et la conscience écologique d’un Richard Powers. Si vous aimez le froid qui glace les os, l’angoisse sans issue et un final cataclysmique, ce roman est pour vous.

    Australienne, née en 1979, Charlotte McConaghy s’est imposée comme une voix unique de la littérature climatique et psychologique. Ses romans « Migrations » (2020) et « Je pleure encore la beauté du monde »  (2021) – tous deux traduits en français chez Actes Sud – mêlent une prose sensorielle, des personnages fracturés et une urgence écologique palpable. Avec « Les Fantômes de Shearwater », elle pousse plus loin l’exploration : celle de l’isolement, de la folie qui couve dans le silence blanc, et de notre voracité d’humains face à un monde qui se dérobe.

    Si vous cherchez une lecture qui pulse, qui griffe et qui pense, courez chez votre libraire Chien Sur La Lune . « Les Fantômes de Shearwater » (traduit de l’anglais par Marie Chabin, Actes Sud) vous attend. Ne vous laissez pas bercer par les vagues : les fantômes, eux, ne dorment jamais.

  • « Scènes villageoises sans cochon » de Željka Horvat Čeč – L’enfance sous les balles de la mémoire

    « Scènes villageoises sans cochon » de Željka Horvat Čeč – L’enfance sous les balles de la mémoire

    Mon musicien balkanique préféré, Nikola Vranjković, a une chanson qui s’intitule Tajni život suterena (« La vie secrète du sous-sol »). Il y dit :

    Je suis descendu

    Dans la vie secrète du sous-sol

    Des tiroirs pleins à craquer

    Y vivent ceux qui ne sont plus

    Rafale de souvenirs

    Poussière d’enfance

    Chien empoisonné

    Images, disques, lettres

    Le temps s’éteint

    Ce que le temps ne guérit pas

    Il le tue en chemin

    Pour peu qu’on se dresse sur sa route

    Željka Horvat Čeč, jeune écrivaine croate, a justement transposé en prose ce monde disparu de l’enfance. Le titre original en croate est Crtice sa sela, bez svinje ; en français : Scènes villageoises sans cochon. Ces « crtice » – ces saynètes – me parlent profondément, car elles sont exactement cela : cette « rafale de souvenirs », cette « poussière d’enfance ».

    Par le biais d’ultra-courts récits, de chapitres qui tiennent en quelques lignes, Željka nous introduit dans « la vie secrète du sous-sol » de son enfance. Dans un petit village près de Čakovec, au nord-ouest de la Croatie.

    Elle nous envoie, dans une prose d’une fluidité remarquable, des rafales de souvenirs purement enfantins. Dans un monde qui craque de toutes parts. La guerre gronde en Croatie – heureusement, sa région, par sa position géographique, fut plus ou moins épargnée par le mal du conflit. Bien qu’il n’y ait eu ni batailles ni grandes horreurs à Belica, tout le monde est au courant, tout le monde vit dans l’angoisse. La guerre n’apporte pas que le mal sur le front ; elle gangrène l’esprit de ceux qui ne sont pas sur les lignes de front. Ceux qui ne participent pas sont contraints d’être témoins, ils n’ont pas le choix. C’est ainsi que la petite Željka tente, à sa manière enfantine, de comprendre ce qui se passe. Comment les « vieux » voient les choses, comment tout cela se répercute étrangement sur les enfants.

    La peur, les pressentiments, la pression se mêlent à la joie de l’enfance. Rien n’est tout noir ni tout blanc. Chaque saynète est imprégnée de cet esprit enfantin qui, bien que parfois effrayé, surpris, continue de vivre chaque jour à plein régime. Chasse aux sauterelles, vagabondages dans les bois, baignades, petites observations malicieuses des faiblesses des « adultes », l’idylle villageoise au cœur d’une guerre civile sanglante – tout cela, la petite Željka le partage avec nous sans le filtre ennuyeux du regard adulte.

    Voilà pourquoi ce livre est sincère, incisif et infiniment lumineux. Parce qu’il n’y a là ni cette noirceur cynique ni les calculs des adultes « mûrs » et « sérieux ». Horvat Čeč chausse avec une aisance déconcertante les baskets des gamins des années 90, et nous ramène sans effort à cette enfance où rien n’est « faux, artificiel », où tout a sa gaieté spontanée, son authenticité touchante – mais aussi son poids et son obscurité. L’écrivaine parvient à transmettre ces deux facettes à travers son moi enfantin avec une maîtrise rare, dans une prose d’une grande qualité.

    D’une décennie l’aîné de Željka, nous avons vécu les mêmes jours, à deux âges différents de la vie. Autant ses souvenirs appartiennent à un autre milieu, un autre pays, une autre langue – et l’on pourrait débattre de cette langue, car je comprends parfaitement, à la perfection, cette langue étrangère, et Željka, je le suppose, comprend parfaitement la mienne –, autant les sensations qu’ils portent me sont parfaitement familières, chères et réconfortantes. De part et d’autre d’un fossé historique et politique, nous nous sommes construits. Pourtant, un fil ténu – très mince mais étrangement puissant – ne rompt pas et relie ces deux mondes. Et j’espère que le lecteur occidental, lui aussi, saura goûter ce langage universel de l’enfance, de la curiosité et de l’énergie vitale infinie.

    Željka Horvat Čeč – Scènes villageoises sans cochon

    Traduit du croate par Chloé Billon

    Éditions Peuplade

    20 €

  • La trêve de 1918 – 21 ans pour préparer l’apocalypse

    La trêve de 1918 – 21 ans pour préparer l’apocalypse

    Il s’est écoulé 81 ans depuis la fin de cet immense conflit mondial que certains historiens considèrent comme une guerre de 31 ans. Car l’armistice de 1918 n’était en réalité qu’une trêve, une simple pause. Vingt et une années offertes au Reich pour préparer sa revanche, cette fois infiniment supérieure sur les plans technologique et militaire.

    Partisans Grecs

    Cette période a également vu les manipulations éhontées des grandes puissances impérialistes, l’éclosion d’un capitalisme financier et industriel mondialisé. Le remodelage des frontières en Afrique, en Asie, selon le bon vouloir des conférences de Berlin, Paris, Londres — où l’on traçait des lignes droites sur des cartes, le cigare au bec, en dégustant de l’Armagnac raffiné, du Whiskey et du Champagne parfaitement frappé (il faut lire Lindqvist, Jacques R. Powels, Annie Lacroix-Riz, Éric Vuillard, Lénine, Gramsci, Jeffrey Roberts sur tous ces sujets), accompagnés de caviar de première qualité et de homard fraîchement cuisiné.

    Ouvrier communiste, poète arménien et martyr de la Résistance française, Missak Manouchian

    Les premiers véritables génocides, l’extermination des Héréros et de Dieu sait combien d’autres peuples sur le continent africain. La création des premiers camps de concentration par la grande et glorieuse couronne britannique — oui, oui, le végétarien moustachu d’Autriche n’a rien inventé, il n’a fait que perfectionner le vieux schéma impérial britanno-franco-hollandais de règlement de la question des « individus superflus ».

    Lepa Svetozara Radić (Лепа Светозара Радић ; 1925-1943) est une membre des partisans Yougoslaves exécutée à l’âge de 17 ans pour avoir tiré sur des soldats allemands pendant la II guerre mondiale

    Depuis « l’élection » de 1933 (élection qui n’en était pas une — il faut lire Johan Chapoutot et Éric Vuillard pour comprendre à quel point ce « fait » est un mythe absolu) du nabot moustachu, toute l’Europe « civilisée » ferme les yeux sur les exactions, le réarmement radical et fulgurant du Reich.

    L’Union soviétique devient un acteur incontournable, une puissance industrielle et humaine colossale, qui s’industrialise et s’instruit à la vitesse de l’éclair, rattrapant à une allure terrifiante ses rivaux impérialistes, et se préparant à la « guerre totale » — ils ne s’étaient pas trompés. La guerre à l’Est allait être quelque chose d’absolument inédit dans l’histoire humaine : la guerre d’anéantissement total. Entre 23 et 27 millions de citoyens et soldats soviétiques allaient perdre la vie. Mais aussi briser l’échine du nazisme, atteindre Berlin et planter le poignard dans le cœur de la bête.

    Aujourd’hui encore, peut-être plus que jamais, des puissants arrogants précipitent le monde dans un chaudron terrifiant. Cette fois, cela pourrait être la dernière guerre de l’humanité.

    C’est pourquoi il ne faut pas, aujourd’hui, oublier le sacrifice de la grande guerre du XXe siècle. Ces millions et millions d’innocents morts, du Japon à Londres, et tous ceux qui sont nés de ce grand mal. Nous n’avons pas le droit d’ignorer. Nous n’avons pas le droit d’oublier. Nous avons le devoir de nous souvenir et de savoir.

    Car celui qui oublie et néglige l’histoire est condamné à la revivre !

    Femmes sovietiques partisanes en Crimée 1944

    Venez donc dans votre librairie préférée renouveler votre savoir sur la Seconde Guerre mondiale, découvrir les fondations — positives et négatives — du monde dans lequel nous vivons. Plongez-vous dans les œuvres infiniment édificatrices de Remarque, Kertész, Malaparte, Primo Levi, Grossman, Aharon Appelfeld, Hilsenrath — et des historiens Annie Lacroix-Riz, Marc Bloch, Jeffrey Roberts, Éric Branca, Johan Chapoutot, et tant d’autres.

    Stalingrad

    Aujourd’hui et toute la semaine prochaine.

    Ouvrages mentionnes dans le texte disponibles à « Librairie Chien Sur La Lune »