Il existe de ces livres qui, une fois lus, vous laissent pantois, paumé. Ils vous laissent à ruminer pendant des jours : « Bordel, qu’est-ce qui vient de se passer ? Je me suis fait renverser par un train ou j’ai juste pioncé la moitié du bouquin ? Est-ce que cette expérience m’a plu ou m’a-t-elle profondément dégoûté ? » Le livre de Kinga Wyrzykowska, Princesse, est une expérience, pas un simple moment de lecture. Comme un film de David Lynch ou de Terry Gilliam : un trip psychédélique qui soit vous embarque, soit vous laisse sur le quai. Et moi-même, je ne suis toujours pas certain si ce fut un « bon trip » ou un « mauvais », ce qui, en soi, est bon signe. Car quoi que je pense de ce livre, je veux vous dire que le trip de Kinga mérite d’être tenté – mais attention, ça décoiffe sévère.
Il vous embarque depuis une usine de charcuterie dans les environs de Châlons-en-Champagne jusqu’au hameau perdu de Lysina, en Pologne rurale. Dans ce voyage, il y a : un Lièvre, un Curé, le fanatisme religieux, du sexe, le célibat, encore le Lièvre, Trump, la Pologne, des cornichons aigres-doux, des Babkas(mamies) du village, des ragots, de l’apathie, de la vodka, un plombier polonais, un·e trans, un mariage traditionnel, le Lièvre… Des bonds invraisemblables, d’une vigueur et d’une dynamique presque léporines. Ce conte psychotico-psychédélico-féministe est comme un oignon rouge que vous épluchez sans jamais atteindre le cœur du bulbe. Une spirale infinie de folie. Le livre nous mène de la folie de notre malheureuse France contemporaine, où tout va de travers – mais, grâce au Lièvre suprême, ce n’est pas mieux dans la Pologne « libre », qui, sur une pente descendante, a atterri dans une théocratie catholique et le vide total de l’existence. Entre l’absence totale d’identité et son enfoncement forcé, le Lièvre bondit – un, deux, trois, une, deux, trois, jeden, dwa, tcheu ! Le petit lièvre saute d’une histoire à l’autre.

Alors, mes amis, je ne sais pas si vous êtes prêts pour tous ces sauts. Pologne, France, plombier, Lièvre, Dieu et le Pape. Êtes-vous prêts à encaisser tout ça, ou préférez-vous vous détendre tranquillement avec le 180e roman de Freida McFadden ? Quoi qu’il en soit, Kinga Wyrzykowska vous offre quelque chose de différent, de plus tordu, de plus drôle (bien sûr, c’est drôle si vous aimez l’humour tordu au neuvième degré) et – naturellement – aussi terrifiant que le Lièvre.
Kinga Wyrzykowska : Princesse
Éditions du Seuil, 22 €


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